Piet.sO

des corps sans corps


C’est bouleversant. On les cherche partout. Tout est là pour signaler leur présence : les vêtements, leurs voix, leurs mouvements. Des jambes et des pieds, mais de qui ? Ce sont des fragments de mémoire d’un lointain pays, la Pologne, que Piet.sO n’a jamais fréquenté. Elle le connaît grâce à ses parents et surtout grâce à sa grand-mère.
Le corps est un corps habillé ou couvert. C’est comme si elle n’avait pas envie de savoir, comme si la mémoire était devenue poussière.

portrait artiste Piet.sO
Piet.sO photo : Robert Lombaerts

Dans une de ses oeuvres, elle évoque Louise Bourgeois, une artiste qui est entrée dans son corps propre. Ailleurs à Bruxelles, une autre artiste polonaise, Alina Szapocznikow, dévoile son corps meurtri. Piet.sO évoque le corps dans son absence. Elle l’a imaginé dans la disparition, dans une sorte de désespoir de non-mémoire. Mais elle le restitue dans une grande splendeur, comme un arbre de Noël dans lequel elle n’aurait pas cueilli de cadeaux.
La Polonité est une tâche extrêmement difficile. Mais elle peut délier la langue, donc le corps, comme un arbuste qui croît dans une forêt d’ailleurs. Et pourquoi pas dans les arbres d’un parc.

Jean-Pierre Van Tieghem